ELECTION URPS

ELECTION URPS

Sébastien Guérard :
«La force de la Fédération, c’est son maillage territorial, ses effectifs et son fonctionnement démocratique. Quel syndicat peut en dire autant ?»

KA1584P28.jpg

Alors que la date des élections de vos représentants aux URPS approche (vous pourrez voter entre le 31 mars et le 7 avril à midi), nous avons souhaité faire le point avec Sébastien Guérard, président de la FFMKR, sur les enjeux de ce scrutin, qui ne sont pas uniquement régionaux.

Kiné actualité : Pourquoi les élections aux URPS sont-elles cruciales pour l’avenir de la profession ?

Sébastien Guérard : Le résultat du vote permettra de définir la représentativité des syndicats, c’est-à-dire leur poids dans les futures négociations sur le plan national. En d’autres termes, à travers ces élections, c’est l’avenir de toutes les négociations professionnelles qui se joue. Le nombre de voix obtenues par chaque syndicat déterminera notamment la répartition des sièges entre eux trois (FFMKR, SNMKR, Alizé) dans les commissions paritaires départementales, régionales et nationale, ainsi que la répartition des sièges à l’Union nationale des professions de santé (UNPS).

Par ailleurs, les tutelles vont regarder quel sera le taux de participation à ces élections. Il est très important parce que même si ce n’est pas un critère déterminant pour la représentativité syndicale, s’il est très faible, elles estimeront que nos syndicats n’ont que peu de poids. S’il est important, elles sauront qu’il faut compter avec notre profession.

Quand connaîtra-t-on les résultats de l’enquête de représentativité, grâce à laquelle on saura quels syndicats peuvent participer aux négociations conventionnelles ?
Pour pouvoir être représentatif, un syndicat doit rassembler au moins 10 % des voix. Ceux qui auront atteint ce score feront ensuite l’objet d’une enquête de la Direction de la Sécurité sociale (DSS), qui déterminera s’ils sont capables d’assumer cette responsabilité selon différents critères : les effectifs, l’indépendance, les cotisations, l’expérience, l’audience électorale et l’ancienneté de chaque syndicat. Cela peut être plus ou moins long selon les professions : il y a 8 ou 9 listes en présence chez les médecins, par exemple, donc on peut imaginer que l’enquête sera assez longue.

Je pense que nous aurons les résultats d’ici environ 6 mois.

Si on n’est pas très au fait des politiques et des valeurs portées par chaque syndicat, comment choisir entre les 3 listes ?
Je dirais qu’il y a d’une part une Fédération de syndicats départementaux au sein de laquelle il y a une vraie vie démocratique, qui s’appuie sur un véritable maillage territorial, ce qui est le cœur du sujet des élections URPS, et d’autre part 2 syndicats nationaux où les décisions sont prises par un conseil d’administration national (environ 20 personnes au SNMKR, une dizaine chez Alizé).

Par ailleurs, il suffit de regarder ce que chaque organisation a proposé au cours des 24 derniers mois. Nous avons organisé en octobre 2020 des Assises ouvertes à l’ensemble de la profession qui furent un succès et nous ont permis d’élaborer la politique fédérale pour les 10 ans à venir. Nous avons mené une campagne sur la vaccination contre la Covid-19, et nos élus départementaux et nationaux se sont mobilisées pour informer et soutenir les confrères pendant la crise sanitaire. Nous avons déposé 2 recours en Conseil d’État, etc.

Nous sommes leaders et acteurs sur l’évolution du droit de prescription des kinésithérapeutes : la proposition de loi de Stéphanie Rist, actuellement examinée en 2e lecture à l’Assemblée, doit permettre un élargissement aux produits de santé, ce qui est indispensable en vue d’un futur accès direct pour les pathologies musculo-squelettiques.

Nous sommes leaders et acteurs pour faire évoluer la place du kinésithérapeute en matière de santé au travail : la proposition de loi Lecocq prévoit que celui-ci soit intégré aux côtés des médecins et infirmiers du travail.

Nous sommes leaders et acteurs sur l’accès direct, et nous y travaillons actuellement avec Matignon, le ministère de la Santé et l’assurance maladie.

Quelles sont les atouts de la FFMKR et de ses candidats ?
Notre force, c’est notre maillage territorial. C’est l’ADN de la Fédération. Nos listes sont composées de représentants de tous les départements, nous avons essayé au maximum de respecter la parité, et elles allient des kinésithérapeutes expérimentés et des plus jeunes, dans un souci de transmission.

Les autres n’ont ni notre maillage territorial, ni notre nombre d’adhérents, ce qui les a contraints à mettre sur leurs listes des confrères non-initiés, à qui il est difficile d’imaginer confier les commandes de la région, alors même qu’ils n’ont peut-être jamais siégé à aucune assemblée générale ou la moindre commission. Et on trouve parfois 4 ou 5 kinésithérapeutes du même cabinet sur une même liste ! C’est forcément réducteur.

La Fédération, c’est plus de 5000 adhérents, 95 syndicats départementaux, 400 élus départementaux, régionaux et nationaux formés pour vous représenter et vous défendre. Au sein de la Fédération, la voix de chaque adhérent compte : le président d’un syndicat départemental est mandaté pour porter au congrès les voix de son département, qui se sont exprimées en assemblée générale. Autrement dit, un vote à la Fédération n’est pas l’expression de quelques individus qui sauraient mieux que les autres ce qui est bon pour l’avenir de la kinésithérapie, mais bien la vision souhaitée par nos adhérents. Autre exemple : depuis plusieurs semaines, nous organisons chaque semaine des réunions (en visio) dans les régions, avec les candidats et des représentants du bureau national. Nous sommes vraiment à leur écoute. Aucune autre organisation chez les kinésithérapeutes n’a cette structuration ni ne peut prétendre à ce niveau de démocratie qui perdure depuis près de 60 ans, ce qui démontre sa stabilité.

Vous avez choisi pour slogan de campagne : “#FFMKRcClair”. Pourquoi ?
Notre ligne politique est clairement définie pour les 10 ans à venir. Elle a été formalisée, notamment dans un document de synthèse de nos Assises, que chacun peut consulter [1], et il n’y aura pas de mauvaise surprise.

Nos 5 axes de campagne ont été définis et votés en congrès. Ce sont les 5 chantiers que nous allons mener. D’abord, revaloriser les actes, en augmentant la lettre-clé et les IFD. Stop aux avenants qui ne payent pas ! Ce sera notre principal combat, et nous allons démontrer aux tutelles la valeur ajoutée de l’expertise des kinésithérapeutes dans le système de soins et le virage ambulatoire. Deuxième axe : promouvoir le rôle du kinésithérapeute en en faisant une profession médicale à compétence définie avec accès direct et élargissement de son droit de prescription. Troisième axe : redonner sa place au kinésithérapeute dans la gestion des crises sanitaires, en intégrant la profession dans les stratégies de dépistage et de vaccination, et dans les stratégies de prévention des crises. Quatrième axe : protéger les kinésithérapeutes pour qu’ils puissent exercer leur métier sereinement. Notre protection sociale doit être améliorée. Pour 2021, nous avons obtenu la mise en place d’indemnités journalières versées dès les premiers jours en cas d’arrêt de travail pour un accident de la vie, une maladie ou une hospitalisation. Mais il faudra aller plus loin. Enfin, nous voulons faire de notre démographie une force et revoir les critères du zonage, en commençant par mener une enquête objective et indépendante sur les besoins de soins en kinésithérapie [2].

Nous avons choisi la formule “cClair” parce que depuis qu’une nouvelle équipe a été mise en place en novembre 2019, nous avons démontré que nous sommes capables de tenir nos engagements. 80 % du programme sur lequel nous avons été élus a été réalisé. Et dans les 20 % restants, une bonne partie des dossiers sont en suspens uniquement à cause de la crise sanitaire.

Qu’avez-vous envie de dire à ceux qui déplorent les querelles entre syndicats ?
À la FFMKR, nous avons un attachement fort à l’esprit de corps, au rassemblement, à l’unité.

Pour comprendre le sens et le poids de ces mots, il faut connaître l’histoire de la kinésithérapie.

C’est l’objet du document Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, que nous avons élaboré en amont des Assises [1]. Les autres structures se sont constituées dans le clivage. Le SNMKR, puis MK France quelques années plus tard, sont des émanations de la Fédération liées à des guerres de pouvoir avec des personnes qui ont préféré quitter le navire pour créer leur propre structure et exister. C’est pourquoi j’ai envie de sourire quand j’en vois certains appeler à “l’union”… Alizé, quant à lui, s’est construit dans l’opposition à la création de l’Ordre. Ironie de l’histoire : un certain nombre de ses élus ont pris des postes lors des dernières élections ordinales départementales… alors que lors des élections aux URPS de 2015, ils plaidaient (entre autres) pour le non cumul des mandats !

Ce n’est pas un jugement mais un constat. Je sais combien nous manquons de volontaires pour assumer toutes ces responsabilités (syndicales, ordinales, aux URPS, à la Carpimko, etc.) et combien il est difficile de ne pas porter plusieurs casquettes. Mais stop à l’intox ! En se présentant aujourd’hui comme une nouvelle façon de faire du syndicalisme, Alizé se ment à lui-même. D’ailleurs, bon nombre de ses cadres l’ont récemment quitté et ont manifesté leur ras-le-bol face à un manque de transparence et de concertation en interne.

La nouvelle voie, c’est la Fédération, qui a su se renouveler en profondeur, se moderniser et se donner une feuille de route grâce à son congrès et aux Assises d’octobre 2020.

J’ajouterais que nous, élus nationaux, sommes des gens comme vous : nous avons un cabinet, nous touchons des patients toutes les semaines, même si nous consacrons une partie importante de notre emploi du temps à la Fédération. Nous ne sommes pas des “professionnels du syndicalisme”. Si vous nous voyez parfois en costume, c’est simplement parce qu’il y a des codes à respecter quand nous rencontrons un ministre ou un député. Mais sous la veste, il y a un kinésithérapeute comme vous !

Le travail syndical est souvent un travail de l’ombre, ignoré de la plupart des kinésithérapeutes. Pourriez-vous expliquer en quoi il consiste ?
J’ai énormément de respect pour l’ensemble des acteurs qui se mobilisent pour la profession, quel que soit leur syndicat, leurs choix professionnels et leur niveau d’implication. Certains préfèrent s’impliquer dans la politique professionnelle, d’autres dans des sociétés savantes, la formation ou la recherche… Chacun son parcours et ses raisons. Pour ma part, j’ai exploré les 2 voies et j’essaie aujourd’hui de faire la synthèse entre ces 2 courants qui, à mon avis, sont indissociables : la crise sanitaire que nous traversons en est une preuve.

Au final, nous voulons tous la même chose : une revalorisation des actes, une meilleure reconnaissance de nos compétences et de nos spécificités (d’exercice, de contexte d’exercice : zone surdotée, sous-dotée, ultramarine…), une simplification de notre exercice au quotidien. Et ce n’est certainement pas en multipliant le nombre d’interlocuteurs face à nos tutelles qu’on avancera plus vite. Diviser pour mieux régner, c’est ce qu’elles font depuis des années en permettant la multiplication des organisations syndicales. Il leur sera très facile de ne rien faire avancer en prétextant que toutes ne sont pas d’accord sur tel ou tel point ! Et pour ceux qui croient qu’il suffit de préparer conjointement les dossiers en amont, je vous assure que c’est loin d’être aussi simple.

Depuis 18 mois que je suis président de la Fédération, je vous assure que nous travaillons d’arrache-pied, en suivant les lignes politiques fixées par notre congrès, et non en réaction à ce que les autres syndicats font ou disent. On ne peut pas en dire autant de tout le monde. Certains croient que nous tirons la couverture à nous, mais c’est une réalité : c’est bien la Fédération qui a obtenu certaines avancées récentes pour la profession, par exemple le droit de faire des tests antigéniques ou PCR au cabinet.

En prévision des élections URPS, certains misent tout sur la communication et les réseaux sociaux, en profitant du travail réalisé par la Fédération, qui a pris le leadership sur bon nombre de dossiers. À la Fédération, la communication c’est 5 % de notre temps. Le reste, c’est du travail de fond sur les dossiers et du lobbying auprès des parlementaires en région et à Paris, des conseillers techniques, des ministres, Thomas Fatome… Quel syndicat peut en dire autant ?

Quel message souhaitez-vous adresser aux kinésithérapeutes afin de les inciter à voter, pour que le taux d’abstention ne soit pas le grand gagnant de ces élections ?
C’est effectivement le pire qui pourrait advenir. Les tutelles savent que le taux de syndicalisation de notre profession est assez bas. Si en plus la participation au vote est très faible, nous aurons peu de poids dans les futures négociations !

Par ailleurs, chaque kinésithérapeute cotise pour les URPS alors il est en droit de donner son avis sur l’utilisation qui sera faite de cet argent.

Vous estimez que la lettre-clé est trop basse ? Syndiquez-vous ! Rejoignez-nous, soutenez-nous lors de ces élections. Chez nous, votre voix comptera. Votez massivement pour faire de notre principale ambition un objectif commun à toute la profession : un kiné, ça se respecte !

Leave Comment